Ajaccio, Bastia, Arcachon… Ce tiercé gagnant est inattendu. Des chercheurs de l’université Paris-Dauphine ont mesuré l’effet des politiques urbaines et l’attractivité d’une centaine d’agglomérations dans une étude publiée par le quodidien « Les Échos ». Montbéliard, vient en queue de classement, comme la plupart des villes du Nord et de l’Est.
Cette nouvelle France est coupée en deux : les petites villes du Sud l’emportent et pas seulement pour leur dynamisme économique.
Pour mesurer scientifiquement l’attractivité résidentielle des villes françaises, les sociologues titulaires de la chaire « ville et immobilier » de l’université Paris-Dauphine, Hervé Alexandre, François Cusin et Claire Juillard ont puisé dans les statistiques des recensements de l’Insee de 1999 et de 2006 retraçant les flux réels de population (naturels et migratoires), dans une centaine d’agglomérations françaises.
Qu’elle traduise une géographie idéale, un marketing urbain bien mené, une offre de logements adaptée ou une économie compétitive, l’attractivité d’une ville découle mathématiquement du nombre d’arrivants et de sortants.
« Nous avons étudié 90 palmarès publiés dans la presse depuis le classement inaugural du Point en 1974 et nous nous sommes aperçus que les résultats changeaient parfois d’une année à l’autre, alors que les mutations urbaines et sociales sont beaucoup plus longues, expliquent les chercheurs. Nous avons retourné le processus : plutôt que de chercher a priori les facteurs qui pourraient attirer de nouveaux habitants, nous avons constaté les mouvements de hausse ou de baisse des populations et en avons identifié ensuite les critères explicatifs ».
Surprise : Nantes et Rennes, toujours en tête de classe, ne sont pas si bien placées alors que la ruée vers Ajaccio est remarquable : cette ville de moins de 70 000 habitants affiche un solde migratoire de près de 20 % avec plus de 10 000 nouveaux arrivants entre 1999 et 2006.
Viennent ensuite avec plus de 5 % de croissance, Bastia, Arcachon, Sète et Fréjus, confirmant l’idée que la taille n’est pas forcément un plus.
Une soixantaine d’agglomérations perdent au jeu des mobilités résidentielles, plus d’ailleurs par un excédent de sortants que par un déficit de nouveaux venus. En tête de ces mauvais élèves, Charleville-Mézières, qui voit partir 8,8 % de sa population, suivie par Dunkerque, Maubeuge, Le Havre, Montbéliard et Cherbourg.
Une France ensoleillée
Comment expliquer ces résultats ? Parmi le florilège d’indicateurs retenus, du nombre de créations d’entreprises au nombre de places de cinéma vendues, le trafic ferroviaire et l’ensoleillement, les sociologues en ont identifié dix qui expliqueraient 90 % de l’attractivité résidentielle. Certains paraissent évidents, comme le nombre de zones d’éducation prioritaire, plutôt dissuasif. Critère au contraire attractif, la part élevée de cadres et de professions intellectuelles, synonyme d’emplois qualifiés et généralement d’un bon niveau de vie.
D’autres sont moins immédiats : le nombre important de logements construits entre 1949 et 1974 est analysé comme un repoussoir car il évoque les grands ensembles de logements sociaux, témoins aujourd’hui de difficultés urbaines, de recettes fiscales faibles et de charges financières élevées pour les communes. Autre paradoxe, la ville étudiante n’est pas vécue comme la ville idéale (c’est le cas de Besançon, ville également mal classée). Le nombre élevé d’établissements d’enseignement supérieur est plutôt signe de volatilité : « Le diplôme est un passeport pour aller s’installer ailleurs », précise François Cusin.
Source : Le Pays 28 août 2010
Lire l’étude : Chaire « ville et immobilier » de l’université Paris-Dauphine

8 septembre 2010 10 h 49 min
Cruelle étude. Il faut néanmoins prendre en compte que le travail porte sur les unités urbaines, les centres d’agglomération hors couronne péri-urbaine. Des ensembles comme l’Aire urbaine ou les aires de Nantes ou d’autres sont plus dynamiques dans leur périphérie que dans leur centre.